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NOTES 327

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��CINEMATOMA, par Max Jacob (U Sirène).

Un bref avis au lecteur nous invite à trouver dans ce livre non pas un recueil de nouvelles, mais une collection de caractères. L'auteur se flatte de rajeunir le genre du portrait. Plus justement encore on pourrait dire que, grâce à lui, le monologue est promu à la dignité de genre littéraire. On sait quels effets plaisants M. Max Jacob tire de l'imitation ingé- nieuse des romans-feuilletons, des faits-divers, des locutions vicieuses du style « calicot ». Avec une ironie discrète qui n'appartient qu'à lui, il excelle à utiliser en les transposant le détail trivial et l'élément de mauvais goût. On a cru pouvoir démarquer sa manière ; c'était méconnaître la douloureuse poésie que déguise mal ce verbiage emprunté. Sa fantaisie s'exerce sur un fonds d'observation cruelle et sagace. Dans ses imitations, M. Max Jacob fait songer à ces excellents comiques auxquels un vieux chapeau mou suiîit pour évo- quer indifféremment Napoléon, Clemenceau ou Sarah Ber- nhardt. Par sa volubilité dans les récits, il égale cette verve heureuse qui donne tant de prix aux propos de cafés de cer- tains ivrognes d'humeur gaie. De même parmi les person- nages qu'il nous présente, il en est qui, grâce à leur gesticula- tion cocasse ont un air de famille avec des héros de l'écran. La cinématomie doit peut-être quelque chose à l'art de Charlie Chaplin.

Les meilleurs de ces tableaux de mœurs, Daniel congréga- niste et clerc d'huissier, les Mémoires d'une dame journaliste ou le Monsieur qui voyage en sleeping pour la première fois, assu- rent à notre auteur une place auprès de Restif de la Bretonne sur lequel M. Max Jacob possède entre autres avantages, celui d'être un poète dont l'amère sensibilité transparaît sous le maquillage du grime.

ROGER ALLARD

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