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314 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

apparaîtrait comme le roman de la timidité, Adolphe on le Timide, comme Mallarmé dit avoir vu annoncé sur l'affiche d'an spectacle, en province, HamJct ou le Distrait. Adolphe tient en partie ce caractère de son père : Laforgue appelait le sien un dur par timidité, celui d'Adolphe est un brusque et un sec par timidité. Un timide ou n'agit pas, ou agit par coups de tête, ou est agi par autrui et l'on peut rem- placer, si l'on veut, ou par et, car Adolphe présente selon les cas chacune des trois figures. Promis par ses talents au plus éclatant avenir, il n'aboutit à rien, se perd obscurément dans l'indifférence et l'inaction ; la réflexion n'étant pour lui qu'une manière d'employer le temps sans agir, son action exclut la réflexion comme sa réflexion excluait l'action, et il agit par brusque caprice : « Avec votre esprit d'indé- pendance, lui écrit son père, vous faites toujours ce que vous ne voulez pas. » — Excellente condition, cette indé- pendance intérieure, pour que la dépendance vienne du dehors, et d'une femme experte par nature à la provoquer et à la maintenir.

Ellénore reste touchante, et nous suivons volontiers Adolphe lorsqu'il assume toute la faute, ne donne tort qu'à sa propre faiblesse. Le lecteur comme l'auteur prennent parti pour elle parce qu'elle est pleinement femme et qu'elle aime, au lieu qu'Adolphe abdique certains caractères normaux de l'homme, et n'aime pas, croit, comme le lui dit Ellénore, avoir de l'amour quand il n'a que de la pitié. Tout cela est vrai, et pourtant il faudrait changer bien peu l'inclinaison et l'optique du roman pour qu'Ellénore inspirât au lecteur homme (elle aurait toujours pour elle la solidarité féminine) antipathie et méfiance, pour qu'Adolphe devînt le person- nage intéressant. Nature exigeante et emportée, incapable d'empire sur elle-même quand il s'agit de son amour, inca- pable du désintéressement qui sacrifierait cet amour au repos et aux chances de bonheur d'Adolphe, incapable de

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