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RÉFLEXIONS SUR LA LITTERATURE 315

formes sexuelles, psychologiques, morales de la timidité, de l'impuissance absolue à occuper avec décision et naturel le moment présent. Dans le sens où il y a un esprit de l'escalier, Rousseau a vécu toute sa vie sur l'escalier. Il y a contracté ses maladies mentales et écrit ses livres. La Nonveile Héloïse est l'œuvre d'un homme qui doit rêver intensément l'amour du même fonds dont il le manque ; et s'il place tous ses enfants aux Enfants-Trouvés, l'auteur de VEmik n'en sera que plus passionné de paternité et d'éducation. La timidité, la peur d'être et de vivre l'a rejeté dans une solitude qui est devenue son élément naturel, et où les sentiments sociaux se sont recomposés comme images avec une intensité telle que l'écart entre ces images et leur possession aboutit naturellement à des secousses de folie. A un degré beaucoup moindre et compatible avec la vie la plus normale et en apparence la plus calme, le même caractère se retrouve chez Constant et chez Amiel, « Amiel, dit M. de Traz, qui a appliqué l'analyse aux choses de l'intelligence comme Constant aux choses du cœur. » L'un et l'autre ont trouvé dans l'analyse, comme Rousseau dans toute son œuvre, la compensation et la revanche d'une vie manqute, d'une vie qu'il était dans leur destinée de manquer. Ou plutôt on songerait à leur compatriote Azaïs dont le système des compensations mérite peut-être mieux que les plaisanteries dont on l'a accablé : à un certain degré de sagesse, à certain biais que la sagesse permet à notre juge- ment, il n'y a pas de vie manquéc, pas de vide, l'ordre de la vie est l'ordre du plein.

�� ��Dans le pur roman d'Adolphe, tous ces caractères se ramassent, se concentrent et deviennent lucides comme au cœur d'un diamant. Vu par un très petit côté, Adolphe

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