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incursions jusqu'aux rivages de l'Italie ; les villages des côtes s'épouvantent et perdent cœur à cette seule pensée contre quoi la jeunesse ardente s'insurge. Nul vaisseau ne s'aventure en pleine mer, qui ne soit aussitôt capturé qu'aperçu. Une résistance organisée coûterait moins d'hommes que ne fait le nom de Pompée.

César. — Antoine ! laisse-là tes orgies. Naguère, chassé de Modène, après y avoir tué les consuls Hirtius et Pansa, quand, talonné par la famine, tu déployais pour lutter contre, bien qu'élevé dans la mollesse, plus d'endurance qu'un sauvage, tu buvais le pissat des chevaux et la croupissure dorée devant quoi renâclent les bêtes. Tes lèvres ne dédaignaient point le plus aigre fruit du plus âpre buisson. Pareil au cerf, quand la neige enveloppe la terre, oui certes, tu broutais l'écorce des arbres. On raconte que dans les Alpes tu mangeas d'une étrange chair que plusieurs n'avaient pu voir sans mourir. Et tout cela — dont le souvenir aujourd'hui mortifie ton honneur — tu le supportais si militairement que ta joue n'en était pas même amaigrie.

Lépide. — Quel dommage !

César. — Que de prompts remords nous le ramènent. Il est temps d'entrer en campagne, et que tous deux à cet effet, nous assemblions immédiatement le conseil. Notre inaction profite à Pompée.

Lépide. — Demain, Octave, je serai en mesure de vous renseigner exactement sur les forces dont je puis disposer, tant sur mer que sur terre, pour faire face à la situation présente.

César. — Jusqu'à notre prochain revoir, je m'occuperai du même objet. Adieu.