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^^2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

sion, le moment doit venir où l'œuvre d'art, où l'œuvre simplement, apparaît inacceptable, intolérable, à fuir. Expriniée en termes physiques la proposition gagne encore en évidence : une littérature centrifuge, comme fut la nôtre presque tout entière depuis cent ans, a néces- -sairement son point d'aboutissement en dehors de la lit- térature. Dada, dans ce qu'il a d'informe, de négatif, d'extérieur à l'art représente d'une façon achevée ce qui fut le rêve implicite de plusieurs générations d'écri- vains.

Tout ce que contenait la tendance subjective, il le développe sans pitié. Avec quelle force ne montre-t-il pas que vouloir se recueillir soi-même tout entier, c'est en somme cesser d'accorder la moindre importance à aucun de ses états de conscience ! Les représentations Dadas, en dépit peut-être de leurs organisateurs, avaient un sens très clair. Elles voulaient dire : « Du moment que vous, public, comme nous, acteurs, avons décidé de nous considérer comme de purs jets d'eau, où pren- drions-nous le droit de choisir entre les gouttes ? Pour- quoi celle-ci nous apparaîtrait-elle délicate et brillante, cette autre trouble et vile ? Puisque nous sommes d'ac- cord pour ne rien faire d'autre que laisser jaillir notre esprit, nous devons l'être aussi, nécessairement, pour ne remarquer aucune différence entre ses divers épan- chements. C'est vous, public, vous, nos aînés, qui avez commencé. Il ne fallait pas vous rapprocher ainsi de vous-même, il ne fallait pas vouloir vous confondre avec votre âme, ni surtout vouloir confondre avec elle l'uni- vers. Par votre faute maintenant tout est pareil. Nous vous défions de retrouver le moindre critérium, de pro-

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