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perdu par pure sottise ! Pour des baisers nous avons lâché des royaumes.

Enobarbus. — Quel est l'aspect du combat ?

Scarus. — De notre côté un aspect de pestilence, et la promesse de la mort. Cette vieille sorcière d'Egypte — que la lèpre l'étrangle — au milieu du combat, tandis que les fortunes jumelles balançaient et que la nôtre l'emportait presque — je ne sais quel taon la pique, elle fuit, telle une génisse en folie ; elle fuit toutes voiles dehors.

Enobarbus. — J'ai vu cela. Mes yeux en sont encore malades, et j'ai détourné mes regards.

Scarus. — Elle n'eut pas plus tôt viré de bord, qu'Antoine, déployant ses ailes marines, comme une mouette éperdue, vole après elle, abandonnant le plus beau moment du combat. O honte ! Oh ! voir ce monument de noblesse décomposé par la magie ! Expérience, courage, honneur jamais encore ne se sont ainsi renoncés !

Enobarbus. — Hélas ! Hélas !

(Entre Canidius).

Canidius. — Notre fortune sur mer a perdu le souffle ! Elle sombre d'une façon très lamentable. Notre Antoine, s'il s'était montré semblable à lui-même, tout aurait bien marché ! Quoi ! c'est lui qui nous a donné l'exemple de la fuite : lâchement, lui !

Enobarbus. — Si c'est là qu'ils en sont, bonsoir !

Canidius. — C'est vers le Péloponèse qu'ils ont fui.

Scarus. — Nous pouvons aisément nous y rendre. J'attendrai donc là-bas l'évènement.

Canidius. — Je vais me remettre à César avec légions et cavalerie. Six rois déjà m'ont montré le chemin.