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A' NOTES 131

Souvent, cet ouvrier s'oublie au jeu d'ouvrer des phrases et des mots sans plus , Il connaît d'ailleurs cette faiblesse et l'avoue : « Ce peut être une joie fine qu'on a par aimer le beau français depuis la phrase d'Amyotjusqu'aux versde \a Légende des Siècles... Que leurs oeuvres soient pardonnées à ceux qui ont aimé le beau français. » C'est la faiblesse du bon ouvrier verrier qui perd son temps à souffler une bouteille à côtes dite melonnée comme si une bouteille ordinaire ne conte- nait pas aussi bien les liquides. Pour nous, qui n'affichons pas pour le jeu d'écrire le même dédain que Hamp, nous aurions tort de nous en plaindre : nous devons à cet amour du beau français ses plus beaux morceaux de bra- voure. Et derechef, nous revoilà à Concourt « ouvrier de lettres ».

Le manuel qu'est resté Hamp travaille sa matière comme une pâte. Les mots, la syntaxe ont pour lui une valeur maté- rielle. Il écrit opaque et lourd. Ses réussites de forme, ce sont des phrases à tenir dans la main pour les soupeser ou les caresser. Il y a des écrivains visuels, d'autres auditifs : lui est un écrivain du toucher. Il recherche les qualités tactiles : l'épaisseur, le poids, la consistance, le lisse, le ru- gueux.

Il traite les mots comme une matière plus ou moins rare et précieuse. A sertir des mots techniques, il a la joie du bijoutier qui travaillerait des pierres inconnues avant lui. A transcrire sur du papier blanc, les beaux noms des métiers, cubilots, épeules, tê\tires, gomme adragante, ringard, pas- iillage, iourier, entremeUier, une salive heureuse emplit sa bouche.

Mais comme le joaillier, pour remplir les joTarnées creu- ses, travaille sur le cuivre et la verroterie, avec la même conscience que sur le platine et l'émeraude, Hamp met sa coquetterie à travailler n'importe quelle matière, la plus ingrate, lapins anti-littéraire : des circulaires administratives

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