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NOTES 121

Filles ne suggère pas un de ces herbiers poétiques dont chaque planche dégage la même odeur fade, où le même gris teinte la diversité des pulpes qui furent le plus chau- dement colorées. Ce n'est pas davantage la suite mélan- colique des a chambres sans serrures » où M. Henri Bataille n'ose plus entrer. C'est un ensemble de pièces aérées, sonores de jeunes rires, parfois d'un sanglot discret, où la chair a les couleurs et le parfum de la vie.

Le français irréprochable de M. Roger Allard fait de rares emprunts aux vocabulaires périmés ou spéciaux {guer- dori, hlandices, noliser). Il est ferme et souple, d'une solide musculature classique. Si l'on voulait tenter de définir la manière très personnelle de ce poëte, on pourrait dire qu'elle se ressent de la plasticité baudelairienne et sait tirer un parti aussi sûr qu'audacieux de la dissociation des accords verbaux que l'on doit à Mallarmé. Cependant, aucune imitation. M. Roger Allard a un accent bien à lui, et dont, possesseur d'un métier parfait, il peut donner toutes les inflexions de santé sans vulgarité, de regrets sans morbidesse.

Le livre, joliment édité, mêle au charme des strophes celui d'exquises fantaisies que M. J.-E. Laboureur a bu- rinées.

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Moins désinvolte, malgré le conseil parodique du début (Philis, ne songei plus à faire la retraite), est ce poëme : Les Feux de la Saini-Jeau où le crayon voluptueux de M. Luc- Albert Moreau a étiré les flammes rousses de cinq beaux portraits de femmes. Une première suite de vers où le poète rend visite à Philis, rêve devant le décor familier, les fards, les bijoux, puis emmène son amie, est admirable de chaleur, de vivacité et de puissance descriptive.

Lorsqu'on a lu ces pages où des heurts inattendus de rimes masculines et féminines réalisent une harmonie sourde et

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