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110 LA NOU\TELLE REVUE FRANÇAISE

sation entière à rccole du Japon. Il sait qu'il y a des cou- rants qui ne se remontent pas, et que toute éducation indi- viduelle ou sociale consiste à prendre les hommes tels qu'ils sojit, non tels qu'ils auraient pu être, même mieux être, dans d'autres conditions de race, de temps et de milieu. Le fait seul que l'Occident est devenu maître de la planète avec la nature à moitié féminisée que lui a légTiée le moyen-âge, indique que cet érotismedel' « amour pour prin- cipe » n'était pas un poison, était même le contraire. « C'est probablement en partie grâce à son utilisation de l'érotisme comme tonique de l'activité vitale que l'Occident n pu se soumettre tant de forces de la nature et par là conquérir l'actuelle domination du globe. Mais il ne faut pas oublier que notre race a conservé longtemps des cadres moraux suffisamment rationnels à ses impulsions érotico-affectives, sublimées de temps à autre en ingénieux mysticismes théo- riques. Ces cadres, empruntés de la politique dorienne, subsistent dans Platon, le grand initiateur erotique et mys- tique de notre civilisation européenne : on les retrouve dans le stoïcisme des Romains, appuyés sur l'expérience gouvernementale de leur aristocratie guerrière ; puis dans le Christianisme ecclésiastique, héritier pour une si grande part des philosophies méditerranéennes antiques, enfin chez les grandes nations anglo-saxonnes contemporaines, qui ont conser\-é jusqu'ici un christianisme suffisamment rationnel comme contre-poids à leurs fréquentes velléités mystiques. Mais, lorsque l'érotisme s'émancipe précisément de tout frein, — comme il arrive présentement sous l'action de l'usure nerveuse accrue par l'allure vertigineuse du progrès moderne, — il devient une menace pour l'avenir social : le mysticisme prend alors un caractère féminin très frappant ; absorbé à trop haute dose, son action tonique devient une action paralysante ou stupéfiante. C'est le péril romanesque, rousseauiste et romantique : c'est le péril présent. »

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