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100 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

qu'une ombre dans sa vie. Il se sentit pris de remords, de pitié et de tendresse, et il alla s'asseoir sur un coussin, à ses pieds. Comme il l'avait aimée, pourtant, pendant les premières semaines ! et le soin même qu'ils mettaient tous deux à tenir leur liaison secrète, les précautions qu'ils prenaient pour qu'on ne les vît jamais sortir ensemble, pour que la servante ne se doutât de rien, tout cela avait ajouté, pour lui, tant de charme à leur intimité... Parfois ils avaient donné congé à la servante pour tout l'après-midi et la soirée, et ils avaient dîné ensemble, à la même table, comme mari et femme. Et les dimanches qu'ils avaient souvent passés à la maison, les stores baissés et les lampes allumées !... Quels jolis souvenirs ! Leur adieu même aurait les apparences d'un rendez-vous : elle sortirait avant lui et irait l'attendre dans une rue éloignée et peu fréquentée. Lui, la pren- drait en passant, dans le taxi fermé. Et elle en descen- drait un peu avant la gare Victoria, où les amis de Marc, qui devaient continuer à tout ignorer, le verraient arriver seul.

— La pensée de l'Italie est pour moi une pensée mélancolique, ma chère.

— Est-ce bien vrai que vous n'êtes pas content de partir ? et n'avez-vous jamais pensé qu'après tout rien ne vous empêchait de rester ? L'hiver n'est pas tellement froid, ici, et vous m'avez dit que vous en aviez déjà passé un tout entier. Votre appartement...

— Notre appartement, Edith.

— Non, voire appartement, — est facile à chauffer ; voyez ce beau feu. Ne pensez-vous pas que là-bas, dans votre Italie, vous ne regretterez pas quelquefois de n'être

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