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60 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

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��On ne peut pas toujours faire respirer le bon sommeil libérateur : c'est dans le nez, c'est dans la bouche qu'il va falloir travailler. On se contente donc d'endormir un peu la place où s'évertue l'adroit petit couteau.

L'homme est lié par les poignets. C'est préférable, car avec la meilleure volonté du monde, on peut avoir des mouvements nerveux. Les poignets sont attachés, mais les doigts libres. Ils étreignent les bords de la table de fer, et s'il y a des'moments où les ongles grattent le métal, c'est qu'il n'est pas toujours facile de se bien contenir.

Les gens qui ont un os du pied gâté par la carie ne sont pas toujours persévérants. Ils voudraient bien gué- rir, retrouver la marche alerte et cette gracieuse agilité de jadis. Mais, s'ils souffrent trop, ils ressentent vite à l'égard de leur pied une rancune mêlée de décourage- ment ; ils disent : « Ah ! non ! Tant pis ! laissez cela ! j'aime encore mieux mon mal. »

L'homme dont on sculpte le visage détruit est, lui, animé d'ime grande constance. Il gémit à petits coups ; il se donne beaucoup de mal pour avaler ou cracher le sang qui lui rempUt la gorge. Comme il a peur que le chirurgien ne s'arrête avant d'avoir parfait sa tâche, il le rassure, il le console, dirait-on. Il murmure: «Ça ne me fait pas trop mal. Je dois vous embêter, n'est-ce pas ? Ce n'est pas ma faute si je... haa... haa... si je gémis comme ça. C'est idiot, mais c'est plus fort que moi. Excusez-moi,

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