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44 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

capable de nouveauté, pour quoi serait-ce qu'elle lutte ? L'artiste qui, lorsqu'il crée, se préoccupe d'être Fran- çais et de faire œuvre « bien française », se condamne à la non- valeur. Il ne s'agit plus de ce que nous étions, il s'agit de ce que nous sommes.

A dire vrai, cette culture nouvelle promettait d'être non tant spécialement française qu'européenne, il semblait qu'elle ne pût pas se passer plus longtemps de la collabo- ration de l'Allemagne. Et par certains côtés, cette guerre tend à le prouver. Nos plus beaux dons, peut-être avions- nous besoin de l'Allemagne pour les mettre en œuvre, comme elle avait besoin de notre levain pour faire lever sa pâte épaisse.

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��C'est une absurdité que de rejeter quoi que ce soit du concert européen. C'est une absurdité que de se figurer qu'on peut supprimer quoi que ce soit de ce concert. Je parle sans aucun mysticisme : l'Allemagne a suffisamment prouvé en quoi elle pouvait être utile et nous avons suffi- samment démontré ce qui nous manquait. L'important c'est d'empêcher qu'elle domine ; on ne peut laisser cet instrument de cuivre dominer. Mais il est mystique de prétendre que, supprimée, sa voix ne ferait pas défaut dans l'orchestre ; mystique de croire que l'on ferait mieux de s'en passer — et, par mystique, j'entends : pas pratique du tout (c'est vous, je crois, Barrés qui, parlant de Michelet, donniez à ce mot-là ce sens.) Mais : doit être asservi tout ce qui prétendait asservir.

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