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222 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

'* On suit la route rouge pour arriver à l'auberge vide. Le château est à vendre ; les persiennes sont détachées. — Le curé aura emporté la clef de Téglise. — Autour du parc, les loges des gardes sont inhabitées. Les palissades sont si hautes qu'on ne voit que les cimes bruissantes. D'ailleurs, il n'y a rien à voir là-dedans.

Les prés remontent aux hameaux sans coqs, sans en- clumes. L'écluse est levée. O les calvaires et les moulins du désert, les îles et les meules ! ^ "

Une sorte de silence se fait autour de nous, à la fois pesant et vide ; tout se recueille sur place ; tout se sépare de la vie et de ses rumeurs. Nous voici " bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays^". Une attente plane, une aspiration surnaturelle absorbe tous les bruits. Le paysage devient ingrat, et si maigre, si diaphane qu'on le sent tout prêt à être distribué ; il est en proie à l'extrémité : ^ " Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L'air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde en avançant * ".

" La fin du monde, en avançant " : tel est bien l'objet mystérieux sur lequel portent les observations de Rimbaud

  • Les Illuminations : Enfance y p. 199.

^ Les Illuminations : Barbare^ p. 167.

' L'idée d'extrémité ou de confins se retrouve sans cesse dans Rimbaud : "Ces derniers potagers..." {Les Illuminations: Métro- J>olitain, p. 215). " Ces parfums pourpres du soleil des pôles." ijbid.)

    • Par une route de dangers, ma faiblesse me menait aux confins du

monde et de la Cimmérie, patrie de l'ombre et des tourbillons. " {Une Saison en Enfer : Délires II : Alchimie du Verbe ^ p. 294).

  • Les Illuminations t Enfance^ p. zo2.

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