Page:NRF 11.djvu/991

Cette page n’a pas encore été corrigée


JOURNAL DE VOYAGE (cANADa) 985

tombe ; je perds tout espoir de voir arriver le steamer. Les trois Anglais veulent me dissuader d'aller m'asseoir dans la petite boutique chaude, sous prétexte que j'y entendrai un langage grossier. Cette sollicitude tardive arrive mal à propos, car je suis à moitié morte de froid, et, sans les écouter, j'entre pour me chauffer. Plusieurs trappeurs et bûcherons sont réunis autour d'un feu. On se sent en plein Far West. Ces hommes, dont la vie est si rude et si diflficile, n'ont pas la prétention d'être des gentlemen comme mes compagnons de route, mais ils ont une cour- toisie instinctive, et, s'ils ne soignent pas leur langage entre eux, jamais ils ne se permettraient en face d'une femme une parole grossière. Un peu plus tard, sur ma demande, l'Indienne me donne une chambre. Je n'en ai certainement jamais vue de plus sale. Mais au moins y suis-je à l'abri du froid.

6 août.

Ce matin est arrivé le steamer, si longtemps attendu ; il est coquet, comparé au vieux " Tees " ; mais je préfère décidément la côte ouest à celle-ci et l'Océan à ce canal souvent assez étroit, resserré entre des îles. A Albert Bay, où nous passons une demi-heure, nous pouvons admirer de nombreux poteaux totémiques, peints en couleurs vives. Tout à l'heure, nous avons stoppé à cause de la marée dans une importante station forestière. Les bûche- rons avaient interrompu leur travail; ils étaient tous venus sur le quai. Je fais une promenade en forêt avec une vieille demoiselle anglaise rencontrée sur le bateau. Élevée à Versailles, elle parle très bien notre langue.

�� �