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JOURNAL DE VOYAGE (cANADa) 983

Pour me faire honneur, le tenancier fait jouer à son gramophone la Marseillaise, avec une persistance un peu fatigante. Mes sentiments patriotiques sont touchés ; mais l'instrument est bien enroué. Je finis par m'échapper dans la forêt.

Le lendemain, à l'aube, je quitte Quatsino dans la gazoline d'un pionnier suédois; trois Anglais qui m'ont été présentés sur le " Tees ", font le même trajet. Nous entrons plus profondément dans le fjord. Le paysage est attristé par des incendies de forêt assez récents. La matinée est fraîche et le temps clair.

En moins d'une heure, nous sommes arrivés au fond de Coal Harbor. Après avoir pris congé du Suédois, nous nous engageons dans un sentier ravissant en plein bois. Mon bagage n'est pas compliqué. Je le porte dans un havresac assez lourd, il est vrai. N'étaient mes trois compagnons peu sportifs et gémissants, qui, non seulement me laissent porter mon sac, mais voudraient encore me charger d'une de leurs valises, cette course à travers la forêt, parmi les grands arbres, serait exquise. Le sous-bois est très vert et moussu. On me dit qu'ici la pluie tombe sans arrêt pendant la moitié de l'année.

Les Indiens m'ont appris à connaître les baies ; j'en cueille de plusieurs espèces. Mes compagnons refusent d'y goûter. Plutôt que de se pencher sur les ruisseaux pour boire, ils préfèrent souffrir de la soif. A plusieurs reprises, nous entendons des craquements de branches. Est-ce un élan, une biche ? L'animal demeure invisible.

En pleine forêt je suis très surprise de lire sur des arbres l'indication de rues qui n'existent pas encore : Dix- septième rue est, douzième avenue nord. Les real estate

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