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92 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

jeune. Toutes les ardeurs qui bientôt allaient bouil- lonner en lui ne pourraient pas être indéfiniment comprimées. En attendant, il vécut d'abord sans attirer l'attention, et dut pour cela faire sur lui- même un effort. Il s'isolait déjà volontiers, à Venstœb, dans sa " salle d'études ". Dans la phar- macie, en dehors de son service, sa solitude devint habituelle et continue. " On ne le voyait jamais dehors, du moins pendant la journée ". ^

La boutique n'était pourtant pas un séjour agréable. Le pharmacien Reimann étant pauvre et chargé de famille, trois jeunes enfants — avait loué dans un quartier misérable du village, une maison de deux étages : un rez-de-chaussée bas, dont on pouvait presque atteindre le plafond avec la main, et un premier plus bas encore. L'installa- tion était des plus primitives. L'apprenti couchait au premier, dans la même chambre que les trois enfants du pharmacien, et devait, pour aller se coucher, traverser la chambre des deux servantes. La pharmacie elle-même était une toute petite pièce mal soignée. Ce n'était d'ailleurs pas une sinécure que d'y servir les clients, car il n'y en avait pas d'autre sur la côte entre Kristiansand et Arendal, c'est-à-dire sur une longueur de 70 kilo- mètres, et l'on n'y vendait pas seulement des remèdes, mais aussi de l'alcool et des produits coloniaux. Le commis devait être fort occupé. De

^ Chr. Due, loc. cit.^ p. i8. *

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