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95^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

trairement dans l'endroit où je me trouvais et sans qu'elles eussent de rapport nécessaire avec lui. J'avais pourtant du plaisir les soirs où un navire absorbé et fluidifié par l'horizon apparaissait tellement de la même couleur que lui, ainsi que dans une toile impressionniste, qu'il semblait aussi de la même matière, comme si on n'eût fait que découper sa coque, et les cordages en lesquels elle s'était amincie etfiligranée, dans le bleu vaporeux du ciel. Parfois l'océan emplissait presque toute ma fenêtre, surélevée qu'elle était par une bande de ciel bordée en haut seule- ment d'une ligne qui était du même bleu que celui de la mer, mais qu'à cause de cela je croyais être de la mer encore et ne devant sa couleur différente qu'à un effet d'éclairage. Un autre jour la mer n'était peinte que dans la partie basse de la fenêtre dont tout le reste était rempli de tant de nuages poussés les uns contre les autres par bandes horizontales que les carreaux avaient l'air par une prémé- ditation ou une spécialité de l'artiste, de présenter une

    • étude de nuages ", cependant que les diff^érentes vitrines

de la bibliothèque montrant des nuages semblables mais dans une autre partie de l'horizon et diversement colorés par la lumière, semblait offrir comme la répétition, chère à certains maîtres contemporains, d'un seul et même effet, pris toujours à des heures différentes mais qui maintenant dans l'immobilité de l'art pouvaient être tous vus ensemble dans une même pièce, exécutés au pastel et mis sous verre. Et parfois sur le ciel et la mer uniformément gris, un peu de rose s'ajoutait avec un raffinement exquis, cepen- dant qu'un petit papillon qui s'était endormi au bas de la fenêtre semblait apposer avec ses ailes au bas de cette " harmonie gris et rose " dans le goût de celles de

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