Page:NRF 11.djvu/952

Cette page n’a pas encore été corrigée


946 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

campagne, de la contiguïté de cultures différentes, le réseau de la lumière ou de Tombre qui uniformisait tout ce qu'il contenait dans ses réseaux et supprimait toute démarcation entre la mer et le ciel assimilés que l'œil hésitant faisait, tour à tour, empiéter l'un sur l'autre, les inégalités âpres, jaunes, et comme boueuses, de la surface marine, les levées, les talus qui dérobaient à la vue la barque où une équipe d'agiles matelots semblait moissonner, tout cela, par les jours orageux, faisait de l'océan quelque chose d'aussi varié, d'aussi consistant, d'aussi accidenté, d'aussi populeux, d'aussi civilisé que la terre carossable d'où, en voiture avec M'"^ de Villeparisis, nous le regarderions.

Mais parfois aussi, et pendant des semaines de suite, — dans ce Balbec que j'avais tant désiré parce que je ne l'ima- ginais que battu par la tempête et perdu dans les brumes, — le beau temps fut si éclatant et si fixe que quand Françoise venait ouvrir la fenêtre, j'étais sûr de trouver le même pan de soleil plié à l'angle du mur extérieur, et d'une couleur immuable qui n'était plus émouvante comme une révélation de l'été, mais morne comme celle d'un émail inerte et factice. Et tandis que Françoise ôtait les épingles des impostes, détachait les étoffes, tirait les rideaux, le jour d'été qu'elle découvrait semblait aussi mort, aussi immémorial qu'une somptueuse et millénaire momie que notre vieille servante n'eût fait que précautionneusement désemmailioter de tous ses linges, avant de la faire appa- raître, embaumée dans sa robe d'or.

La voiture de M""^ de Villeparisis nous emmenait. Parfois comme la voiture gravissait une route montante entre des terres labourées, je voyais — rendant les champs plus réels, les prolongeant jusque dans le passé, — quelques

�� �