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88 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

au pied de son coteau boisé, d'une minutie labo- rieuse et en couleurs trop crues, montre, malgré l'imperfection du résultat, une correction de dessin et une habileté qui surprennent de la part d'un enfant de quatorze ans, qui s'était formé pres- que entièrement seul. Mais, quand bien même ses parents eussent admis que ce goût pour la peinture était l'indication d'un talent véritable, cela ne lui aurait ouvert qu'une carrière très problématique, surtout dans la Norvège d'alors. Il n'aurait pu gagner sa vie, dans l'hypothèse la plus favorable, avant de longues années, et il fallait qu'il la gagnât tout de suite. Un pharmacien connu de la famille accepta de le prendre comme com- mis, et Ibsen s'embarqua, au commencement (?) de 1844, pour se rendre à Grimstad, et y rejoindre son poste à la pharmacie Reimann.

��II

��LA PHARMACIE REIMANN

De Skien à Grimstad on longe la côte en sui- vant le chenal naturel compris entre elle et un interminable chapelet d'îlots grands et petits, presque tous rochers complètement nus, gris, plus rarement jaunes, que séparent tantôt d'étroites passes, tantôt de larges ouvertures sur la mer. Parfois on aperçoit au delà une autre chaîne

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