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A LA RECHERCHE DU TEMPS PERDU 93 1

pour moi, car les grands rideaux violets l'écoutaient sans répondre mais dans une attitude analogue à celle des gens qui haussent les épaules pour montrer que la vue d'un tiers les irrite. J'étais tourmenté par la présence de petites bibliothèques à vitrines, qui couraient le long des murs mais surtout par une grande glace à pieds, arrêtée en travers de la pièce et avant le départ de laquelle je sentais qu'il n'y aurait pas pour moi de détente possible. Je levais à tout moment mes regards, — dont les objets de ma chambre de Paris ne gênaient pas plus l'expansion que ne faisaient mes propres prunelles, car ils n'étaient plus que des annexes de mes organes, un agrandissement de moi-même, — vers le plafond surélevé de ce belvédère étroit situé au sommet de l'hôtel et que ma grand'mère avait choisi pour moi ; et, jusque dans cette région plus intime que celle où nous voyons et où nous entendons, dans cette région ou nous éprouvons la qualité des odeurs, c'était presque à l'intérieur de mon moi que celle du vétiver venait pousser dans mes derniers retranchements son offensive, à laquelle j'opposais non sans fatigue la rispote inutile et incessante d'un reniflement alarmé. N'ayant plus d'univers, plus de chambre, plus de corps que menacé par les ennemis qui m'entouraient, qu'envahi jusque dans les os par la fièvre, j'étais seul, j'avais envie de mourir. Alors ma grand'mère entra ; et à l'expansion de mon cœur refoulé s'ouvrirent aussitôt des espaces infinis.

Je savais quand j'étais avec ma grand'mère, si grand chagrin qu'il y eût en moi, qu'il y serait reçu dans une pitié plus vaste encore ; que tout ce qui était mien, mes soucis, mon vouloir, y serait étayé sur un désir de conser-

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