Page:NRF 11.djvu/934

Cette page n’a pas encore été corrigée


928 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISl

et à la voix pleines des cicatrices qu'avait laissées l'extir- pation sur Tune, de nombreux boutons, sur l'autre des divers accents dus à des origines lointaines et à une enfance cosmopolite. Tandis que j'entendais ma grand'mère dire sur une intonation artificielle : "Et quels sont... vos prix ?... Oh ! beaucoup trop élevés pour mon petit budget ", attendant sur une banquette, je me réfugiais au plus profond de moi-même, je m'efforçais d'émigrer dans des pensées éternelles, de ne laisser rien de moi, rien de vivant, à la surface de mon corps insensibilisée comme l'est celle des animaux qui par inhibition font les morts quand on les blesse, afin ne ne pas trop souffrir dans ce lieu où mon manque total d'habitude m'était rendu plus sensible encore par la vue de celle que semblait en avoir au même moment, une dame élégante à qui le directeur témoignait son respect en prenant des familiarités avec son petit chien, le jeune gandin qui, la plume au chapeau, rentrait en sifflotant et demandait ses lettres, tous ces gens pour qui c'était regagner leur home que de gravir le faux marbre du grand escalier.

Ma grand'mère sortit faire des courses, je me décidai à monter l'attendre dans notre appartement, le directeur vint lui-même pousser un bouton : et un personnage encore inconnu de moi, qu'on appelait "lift", (et qui au point le plus haut de l'hôtel, là oii serait le lanternon d'une église normande, était installé comme un photo- graphe derrière son vitrage ou plutôt comme un organiste dans sa chambre), se mit à descendre vers moi avec l'agilité d'un écureuil domestique, industrieux et captif. Puis en glissant de nouveau le long d'un pilier il m'entraîna à sa suite vers le dôme de la nef commerciale. Pour dissiper

�� �