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91 8 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

lettres de Jarry adressées au docteur Saltas, des reproductions de Picabia et de curieuses réflexions sur Nick Carter données par un américain M. Harrison Recves.

Je ne me rappelle jamais avoir vu un exemplaire de Nick Carter avec nom d'auteur.

Dans le cas où Tune quelconque de ces épopées populaires se trouvait signée, le nom employé était une sorte de nom passe-partout choisi par l'éditeur et destiné à rester dans l'oreille du public. Ce n'était, évidemment, pas le nom réel de l'auteur. Je n'ai jamais cru qu'un seul homme eût écrit seul la quantité très considérable des fascicules de la série de Nick Carter ou des autres importantes séries épiques. Il y en avait trop pour un seul homme, qui n'aurait pas pu faire même ce qui paraissait en quelques mois.

Nick Carter a paru pendant dix ans, sans répétition d'incidents et, sans doute, cette publication paraissait déjà avant que je ne fusse d'âge de la lire.

Mon père m'a souvent dit qu'il avait l'habitude de lire " cette sorte d'ordure " (comme il disait), quand il était soldat, au commencement de la guerre civile, à l'âge de dix-sept ans, en 1861, et d'après ce qu'il m'en a dit, il passait ainsi ses journées, quand il n'était pas de garde, devant Vicksburg, ou durant les dimanches pluvieux, pendant la marche de Sherman, d'Atlanta jusqu'à la mer. J'ai compris que ce qu'il lisait alors avait le même caractère épique que les Nick Carter de mon temps.

Mon idée a toujours été que quelque obscur homme de géniej' dans le monde des affaires d'édition, a simplement donné les idées et le style épique à des écrivains à gages, qui ont fabriqué des milliers de mots par semaine à tant par mille, en se tenant à côté des presses dans quelque grande imprimerie de Chicago.

Le tout avait toujours le même style général et la même valeur* Quelques-uns de ces contes étaient mieux que les autres poi l'exécution, mais tous étaient également épiques pour la conceptioi

Le public américain n'a jamais reconnu Nick Carter^ ni les autî épopées populaires comme étant de la littérature.

On m'a toujours défendu de lire ces " sales choses ", sur l'autorit des gouvernantes et des bonnes les plus ignorantes qui avait entendi

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