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NOTES 911

grossièreté est toujours voulue et du bout des lèvres ; car l'homme du monde, l'aristocrate, Dossi ne le dépouille jamais complètement. Pensionnats aristocratiques, mères de famille, casant leurs filles auprès de vieillards très fatigués ; silhouettes d'entremetteuses, de bigotes, de nobles dames qui tiennent des tripots : tout cela dans de courts essais, très travaillés, fignolés, et d'un remarquable " fini ".

Des essais toujours, car Dossi n'est qu'un essayiste. Peut-être eût-il désiré être autre chose ; peut-être le souvenir de Balzac le hantait-il, quand il entreprenait les Portraits humains. Mais il a le souffle court et le goût, surtout, du "morceau".

Au fond Dossi est un grand seigneur vagabond. Il s'est promené somptueusement dans bien des domaines de la fantaisie et du sentiment. Ses utopies sociales, ses satires, son misogy- nisme, tout cela, il ne l'a pas bien pris au sérieux. Et je ne veux absolument pas dire qu'il est insincère : c'est au contraire une âme très vibrante et d'une foncière bonté. Mais il ne s'est jamais plongé dans la vie. Il ne nous apporte nulle vision nouvelle de la vie, nulle attitude originale en face d'elle.

Une traduction française de Dossi n'est peut-être pas trop à souhaiter. Cette œuvre est par trop aile de papillon. Dans la traduction la plus soignée, elle perd le meilleur d'elle-même, cette coloration charmante, diaprée, qu'un souffle brouille. Il faut lire Dossi dans le texte, uniquement dans le texte. Alors on constate qu'il est un styliste " exceptionnel ". Il a un don merveilleux pour refaire une virginité aux locutions les plus communes. Un rien lui suffit : un terme régional, une expres- sion archaïque, un jeu de mots, un féminin au lieu d'un masculin. Il lui faut le piment du vieux mot peuple, " cet ail et ces oignons grâce auxquels les paroles de nos aïeux latins " optume olebant ".

L. C.

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