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NOTES 907

vulgaire tient pour obscur et alambiqué, et qui est le plus subtil et le plus raffiné des prosateurs italiens modernes.

Le nom de Carlo Dossi (pseudonyme d'Alberto Pisani Dossi ^) est à peu près inconnu en France ' ; son œuvre est ignorée de la plupart en Italie. De son vivant, Dossi a tout fait pour rester dans l'ombre. Surtout, son art est de l'espèce qui décourage les paresseux. Dossi a méprisé le suffrage de la foule " En art, écrivait-il, je suis un aristocrate. " Il ne veut relever que de ses pairs. Il a la nausée du banal et du facile, de tout ce qu'il appelle vigoureusement le " ruffianisme littéraire ". Plein de respect pour les maîtres (il s'est affirmé souvent le continuateur de Manzoni), c'est toutefois un moderne à outrance. Les classiques, dit-il à peu près, ont pressé la ven- dange et fait le vin. A nous de distiller l'eau de vie, à force d'alambics. Aussi réclame-t-il de son lecteur un savoureux effort d'interprétation, un second labeur de création.

Ses deux premiers ouvrages Avant-hier ^ et la Vie d^ Alberto Pisani * déchaînèrent une tempête. On discutait alors sur cette fameuse question de la langue, qui a fait perdre tant de temps et d'encre. Les " toscanisants " triomphaient; Manzoni n'avait- il pas re écrit en pur toscan les Fiancés ? Dossi se souciait bien des puristes ! L'essentiel était de modeler sa phrase sur les plus délicats reliefs de sa pensée, d'enregistrer dans sa prose, parfois hachée, rapide, le plus souvent harmonieuse comme un vers nombreux, les plus subtiles variations de l'idée ou du sentiment. On donna du barbare, voire du fou à l'outre-cuidant.

^ Né en Lombardie en 1849, diplomate, collaborateur de Crispi, mort en 19 10.

' Edouard Rod lui a pourtant consacré quelques pages dans les Etudes sur le XI X" siècle, 1888.

' UAltr* ieriy 1" édition. 1868 (hors commerce). Ed. Trêves, 1910, tome I.

  • i" édition : Milan, Perelli, 1870. (30 exemplaires seulement

furent mis en vente).

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