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902 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

poétique, il fallait que tout ce qui touche aux fées eût une apparence d'irréalité, eût l'air composé d'une autre substance que ce qui est humain. Avec beaucoup de bonheur, M. Gran- ville Barker s'en est tiré en dorant de la tête aux pieds ses personnages féeriques : vêtements tissus d'or, cheveux dorés, mains et visages couverts de poudre d'or. Ce parti-pris tout extérieur ne compromet en rien la vérité poétique ni l'émotion de ces scènes — comme ferait par exemple l'expé- dient de confier à des enfants les rôles surnaturels, ce qui avait peut-être lieu du temps de Shakespeare. Je ne veux pas dire que l'invention de M. Granville Barker soit d'ordre général et qu'à tout jamais la dorure nous donne une commode recette pour la représentation des féeries ; non, l'élégance même de cette solution en restreint l'usage, mais l'exemple d'une telle réussite indique assez dans quelle direction peuvent porter nos recherches.

D'étroites draperies plissées et verticales, vaguement peintes en façon de verdures et disposées en hémicycle, c'était assez pour évoquer la clairière magique. Parfois, dans les attitudes, quelque souvenir discret de Burne-Jones ou de Rosetti, souve- nir opportun, car où le pré-raphaélisme a excellé c'est dans les mythes précieux et raffinés comme celui-ci, non dans les parties âpres et populaires de la légende. Et combien, délivrée ainsi de surcharge, réduite à la seule poésie, cette comédie ailée paraît satisfaisante et, dans son incohérence même, divinement dosée. " Quelle excuse trouver aux trente-cinq vers de Titania sur le mauvais temps, en dehors de leur seule beauté ? dit encore M. Granville Barker. Mais où trouver meilleure excuse ? Par- tout même excès dans le rôle d'Obéron. Shakespeare est si déses- pérément heureux quand il écrit de tels vers, qu'il n'hésite pas à couper la querelle des quatre amants par un charmant discours d'Héléna, long de trente-sept vers... Il met tout son cœur dans ces passages poétiques et il faut y chercher le cœur même de l'œuvre. Le secret de la pièce, celui devant lequel tombent

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