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892 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Rappelons les faits. La question précise est celle-ci : Jeanne d'Arc, conduite, le 24 mai 143 1, sur l'échafaud du cimetière de S^ Ouen, y fut pressée de signer une cédule d'abjuration ; cédant à la peur du bûcher, elle y apposa une croix ; " pour sauver sa vie, " avoua-t-elle avec contrition quatre jours plus tard. Or, depuis le XV® siècle jusqu'à nos jours, personne n'a songé à interpréter autrement les événements, non plus qu'à en dissimuler une partie ; il n'était venu à l'esprit de personne qu'une si légitime et d'ailleurs si brève défaillance chez cette enfant de dix-neuf ans pût entacher sa mémoire.

Mais, depuis une quinzaine d'années, voici que le point de vue change. Peu à peu, les historiens officiels de l'Église s'émeuvent ; ne pouvant nier les faits, il les dénaturent, ils en atténuent la portée. Ils ergotent à l'infini : ils s'appliquent d'abord à distinguer l'abjuration de Jeanne des véritables abjurations canoniques ; puis, allant plus loin, ils ne craignent pas de soutenir ce paradoxe inattendu, que l'abjuration de Jeanne est " un acte admirable de prudence, de force morale,! de foi... "

L'explication de cette nouvelle attitude ?

A Rome se poursuit le procès de béatification et de canoni- sation de la Pucelle...

Le membre de phrase précédemment cité est emprunté au chanoine Dunand, dans son livre : V abjuration du Cimetière de S^ Ouén, d"* après les textes. (Paris, Poussielgue, 1901.) Or, il ne faut pas oublier que le chanoine Dunand est l'auteur d'une Histoire complète de Jeanne d^Arc, dont les trois forts volumes font autorité dans l'Église ; et que c'est lui, qui fut chargé par l'évêque d'Orléans, d'écrire un rapport sur l'abjuration de Jeanne, rapport de deux cents pages, d'abord soumis à la Com- mission diocésaine d'Orléans, puis, à Rome, aux Consulteurs de la Sacrée Congrégation des Rites, lesquels adoptèrent officielle- ment les conclusions du chanoine.

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