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CHRONIQUE DE CAERDAL 859

On ne se propose jamais de vivre pour le temps où Ton ne vivra plus, quand on a la tête claire ; mais on peut fort bien s'y trouver forcé ; on est réduit à la gloire, malgré soi. Se la promet on ? Non, sans doute : ce serait la preuve qu'on ne l'aura point et qu'on ne la mérite pas. Mais on s'y résigne. On ne vit donc pas pour l'an deux mille, ce qui n'a pas de sens. On soupçonne seulement qu'on y vivra. On en accepte la condamnation, et l'irréparable louange, comme le pauvre Achille d'être un si grand héros parmi les ombres.

A deux fois vingt-neuf ans, comme il disait, Stendhal savait fort bien à quoi s'en tenir sur son propre compte ; et quand personne ne lui eût rendu justice, ayant mesuré les illustres du temps, il devait sentir que pas un ne le valait à Paris. Son rire à Balzac marque la gaîté de l'homme, qui s'entend nommer enfin par son nom et par son titre : il ne trahit pas le sot contentement de soi ni la plus sotte modestie. D'ailleurs, Stendhal comme Baudelaire juge avec supériorité tous les auteurs, toutes les renommées, toutes les couronnes, fût ce Chateaubriand, fût ce Racine. On ne lui en conte pas. Une telle assurance dans la sévérité part d'une certitude infaillible et cachée, qui concerne le juge.

Pour tenir bon au bord du marécage, entre le bagne et la fièvre quarte, Stendhal fit société avec les Chroniques italiennes et Saint Simon. Ces

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