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JOURNAL DE VOYAGE (cANADa) 773

deux pieds se poser à côté de moi, suivis peu après par la soutane d'un petit curé français, fort sale, qui s'était trompé et était descendu par l'intérieur du rideau vert au lieu de l'extérieur. Au wagon-restaurant mon vis-à-vis, un Anglais qui a beaucoup voyagé, me parle de Paris et des Français. Il les a trouvés pas hypocrites. C'est une qualité négative, mais pourtant une qualité, et ce jugement me fait plaisir.

Arrêt de deux jours à Winnipeg, capitale du Manitoba, province du blé par excellence. Winnipeg est une ville toute neuve, géométriquement dessinée. Les rues sont larges, il y souffle le plus souvent un vent désagréable. Je trouve qu'ici on se réconcilie très bien avec l'archi- tecture des business hlocks^ et les quelques petits gratte-ciels que j'ai vus jusqu'à présent ne m'ont pas horrifiée.

Départ pour Calgary. Assise dans Vobservat'ton car^ dernier compartiment du train, terminé par une terrasse à ciel ouvert, je vois très bien le pays traversé. La saison est en retard, et le blé sort à peine de terre. Les champs sont immenses, le sol de couleur brun-rouge, le plus riche du Canada. C'est la plaine à perte de vue, pas un arbre. Après le Manitoba vient le Saskatchewan, pays en partie de blé, en partie aussi de pâturages. Entre Maple-Creek et Medicine Hat, ce grand paysage vallonné à l'herbe rase, où paissent des troupeaux de bœufs et de chevaux, me donne l'illusion d'un pâturage alpestre immense. Par la couleur générale et la qualité de l'herbe, on se croirait transporté dans cette région intermédiaire entre les forêts de sapins et la neige.

Par ci, par là, le train passe en vue d'une réserve indienne : quelques tentes pointues groupées dans la plaine. De temps en temps nous voyons galoper un cow-boy,

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