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768 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

remarquable qu'en écoutant Parsifal^ on ne sache jamais si le dépouillement si sensible de cette œuvre par rapport aux précédentes est positif ou négatif, c'est-à-dire s'il a été simplement imposé au musicien par le sujet choisi, ou si peut-être il n'est pas l'effet de cet affaiblissement des sens, par quoi l'esprit créateur, à son instant dernier, devient pareil à un sommet découronné par les eaux ?

Quelles que soient les raisons qui aient poussé Wagner à écrire Parsifal^ il est certain en tous cas qu'elles ne provenaient pas d'un mouvement mystique de son âme. Aussi la solennité de l'œuvre demeure-t-elle tout exté- rieure. La véritable solennité religieuse n'est pas ici, mais dans Bach, dans Moussorgski, dans César Franck. On ne dira jamais assez combien Franck doit à Wagner, et sur- tout à Parsifaly au point de vue technique. (Tous ses thèmes sont contenus en puissance dans le seul thème du Vendredi-Saint.) Mais il y a une chose que Franck a ajoutée à Wagner : c'est le sentiment religieux. — Par- sifal est l'œuvre la plus contradictoire en principe qui se, soit jamais vue. Sous un certain rapport en effet elle est^ purement formelle, vide du sujet même qu'elle se propose! de traiter, radicalement ignorante des sentiments qu'ellcl prétend mettre en jeu ; tout semble la condamner à n'être! qu'un froid exercice. Pourtant elle existe, elle vit, ellei palpite ; elle a même une formidable réalité. CombienJ d'œuvres plus sincères auprès d'elle paraîtraient pâles etl factices ! Cette réussite contre nature nous fait apercevoir! un trait du génie de Wagner qui n'est pas le moinsl étonnant : la prodigieuse efficace de la volonté chez lui,] Tout ce qu'il entreprend pour de bon, il le réalise; pareil' aux héros et aux demi-dieux qu'il a chantés, il maîtrise

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