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766 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

a été conduit à écrire un tel ouvrage. Car une chose est bien certaine : c'est que ce n'est pas un ouvrage reli- gieux. La religion est d'abord une certaine humilité du cœur ou tout au moins de l'intelligence, un certain manque, un certain besoin, — de la faim et de la soif. Sans doute il n'y a religion que si ces appétits sont comblés, et par une doctrine très précise et très définie ; mais il faut qu'ils préexistent. Or ils font complètement défaut dans Parsîfal. L'âme orgueilleuse de Wagner, jusque dans sa vieillesse, reste pleine ; elle n'a reçu aucune fêlure ; les échecs, les humiliations n'ont fait que la nourrir et la hausser ; ils n'ont pas été jusqu'à lui apprendre à se sentir dépendante et à demander. Jamais homme ne fut moins habile à la prière que Wagner.

Pourquoi donc a-t-il voulu écrire une œuvre reli- gieuse ? Il semble que ce soit pour des raisons purement techniques. L'objet le plus naturel de sa manière, telle que nous l'avons définie, n'est-il pas en effet la solennité r La solennité, c'est la transposition : un événement ordi- naire est supprimé, confisqué au profit de sa représenta- tion ; on l'élargit, on le ralentit, on le décompose en^ plusieurs temps ; on y introduit de l'espace ; on ne l'exprime qu'avec un certain retard intentionnel et déli-. héré sur lui-même. Tout devient préparation, attente ; les avènements ne se font qu'en pleine maturité. C'est le règne de l'indirect et du second mouvement. — Voilà justement pour Wagner la matière privilégiée. Déjà il avait exprimé la solennité héroïque dans VAnneaUy la solennité bourgeoise dans les Maîtres Chanteurs^ la solennité de l'amour dans Tristan. Il lui restait à chanter la solennité religieuse, — la plus élevée, la plus parfaite,

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