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PARSIFAL 761

Pourtant il est bien le musicien du récit, et voici, me semble-t-il, en quel sens : étant donné un certain nombre de faits, de personnages, de sentiments connus de Tauditeur, il excelle à les lui présenter à nouveau dans Tordre de la plus grande émotion. Si son œuvre a suscité tant de commentaires et de guides, c'est qu'elle demande essentiellement à être connue à Tavance ; il importe que, même à la première audition, on ait l'impression de la réentendre et que notre seule attente en faCe d'elle soit de savoir comment " tout ça " va bien pouvoir nous être raconté. Car le génie de Wagner, plutôt que d'instruire, c'est d'introduire ce que l'on sait déjà ; sa musique est une perpétuelle amenée. Sans doute il est un inventeur tout-puissant de mélodies. Mais encore mieux qu'à les trouver, il s'entend à leur préparer l'avènement le plus juste, le plus frappant. Il les retient jusqu'au moment où leur sens (j'entends leur sens musical, le rapport de leurs notes composantes aux notes précédentes) est devenu si fort, si séduisant, si propice aux larmes qu'il ne leur reste plus qu'à paraître ; il attend pour les pousser dans l'orchestre le point de leur extrême urgence. Tous ses effets sont de croissance, de progressive nourriture et d'éclatement au moment le plus lourd, le plus saturé.

Nous avons constaté tout à l'heure qu'il lui était impossible de rien exprimer directement : tout dans sa musique est un peu tardif ; tout a l'air de se succéder à soi-même ; le sentiment n'est pas énoncé au moment de son apparition ; le thème qui le signifie est un peu plus loin. Mais nous voyons maintenant ce qu'il y a de positif dans cette apparente impuissance. Si le thème est ainsi reculé, c'est parce qu'il ne doit fixer le sentiment qu'au moment

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