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760 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

heurs ? Au fond Wagner n'avait besoin de la forme dramatique que pour se donner des occasions de récits.

Entendons-nous bien sur ce mot de récit ; il importe qu'il ne prête à aucune confusion. — Nous ne voulons pas dire que Wagner excelle dans la musique à programme; il ne sait rien apprendre à l'auditeur ; ses développements ne comportent aucune description, aucun accident, aucune catastrophe (comme on en trouve sans cesse dans les poèmes symphoniques de Rimsky-KorsakofF par exemple). Avec lui, on n'a jamais à se demander si c'est bien la princesse qui est en train de mourir aux violons, si c'est bien le navire qui fait naufrage aux cuivres. C'est toujours de la musique pure, au sens où elle s'oppose à la musique pittoresque.

Il faut se garder également de comprendre que Wagner a le don du récit à la manière dont le possède par exemple Moussorgski, c'est-à-dire le don de faire un conte, de susciter immédiatement les êtres et les choses, de faire s'élever, s'agiter, parler les sons comme feraient les per- sonnages vivants eux-mêmes. Rien de moins direct que la musique de Wagner. Elle est presque toujours comme transposée par rapport à l'objet qu'elle signifie ; elle n'est jamais cet objet lui-même, mais elle le représente. Le leit-motiv, c'est-à-dire le thème distinct du personnage et le symbolisant, correspond à un besoin profond de Wagner, — le même peut-être qui s'exprime dans cette idée, à laquelle il revient sans cesse dans ses poèmes, du héros qui a une mission, qui est chargé de..., qui vient faire quelque chose pour et à la place de... C'est sans doute par ce caractère indirect que Wagner a plu tellement aux symbolistes.

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