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J§2 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Un d'eux osa même tirer une des nattes blondes, comme on tire une sonnette. Cela lui valut une gifle. Moment de triomphe bien court : la fuite recommença aussitôt ; une retraite sous la neige, comme la retraite de Russie. La surprise et le soupçon accompagnaient ces écolières qu'on voyait dans les rues aux heures où toutes les autres étaient en classe. Et un soir la bonne dit à Maman :

— C'est drôle comme ces demoiselles se salis- sent, depuis quelques jours, à la pension.

Maintenant on était habitué à vivre des jour- nées sans leçons ni devoirs ; les cours étaient déjà oubliés ; autre chose avait commencé. Le cartable qu'on portait sur les épaules n'avait plus de sens, n'était plus qu'un poids ajouté à la fatigue, une dérision ajoutée au sentiment d'une déchéance. On marchait devant soi sans voir. L'heure restait la seule pensée nette dans les esprits engourdis : rentrer à l'heure juste, comme si on revenait de la pension.

Une fois, au fond d'une impasse, elles décou- vrirent une espèce de portail, entr'ouvert. Elles traversèrent une cour entre des bâtiments aban- donnés, et se trouvèrent en face d'une porte immense, à deux battants, qui baîUait sur l'ombre. Elles entrèrent. C'était une salle de dimensions prodigieuses. Une sorte de quai, comme ceux des ports, régnait sur tout le fond. On y montait par

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