Page:NRF 11.djvu/755

Cette page n’a pas encore été corrigée


RACHEL FRUTIGER 749

sant au cheval de tête, et lui touchant tendrement les naseaux, le charretier avait dit :

— Allons, mon vieux Barbes, un coup de collier 1 Et il y avait les sauveurs de l'humanité qui

partaient fonder des phalanstères en Amérique. Et les rêveurs aux cheveux négligés, derniers Saint-Simoniens et premiers communistes, qui décrivaient les beautés de la société future d'une voix si douce, et si longuement, qu'on n'osait pas leur prêter moins de vingt francs. Et ces pauvres réfugiés polonais. Et les conspirateurs italiens qui ne demandent que de quoi pouvoir acheter un poignard !

Cette fois encore mon Grand-père dit que Madame la directrice pouvait bien attendre ; et que l'argent de France arriverait dans les premiers jours du mois suivant. Et aussitôt après il alla vendre à un antiquaire son jeu de tric-trac, pour inviter quelques amis au repas de Noël, et faire un don magnifique à la Caisse des Proscrits.

Le jour d'avant Noël, à la fin du cours, toutes les élèves allèrent poser sur le bureau de Madame la directrice, avec un petit bouquet, les enveloppes que leur avaient confiées leurs parents. Les petites Françaises auraient bien voulu rester les dernières; mais Rachel Frutiger n'en finissait pas de ranger ses livres et ses cahiers.

— Eh bien, voyons, Mesdemoiselles.., dit Madame la directrice.

�� �