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728 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

l'autre seul a le droit d'ouvrir la bouche s'il s'agit d'en atteindre l'âme.

Ce qui perd ceux qui pourraient valablement nous parler de la ** peine des hommes ", c'est d'abord qu'ils n'ont pas eu le loisir de se créer un outil littéraire à la mesure de ce qu'ils ont à dire ; c'est, ensuite et surtout, que les problèmes et les conflits qu'ils étudient pèsent sur eux trop directement, trop brutalement, leur causent trop d'angoisse et d'indignation. Leur voix tremble. Ils croient décrire, alors qu'ils plaident ; ils croient fournir des documents, alors qu'ils n'apportent que thèses et pamphlets. Non qu'il faille faire l'injure à Pierre Hamp de lui attribuer un sang-froid inhumain ; il est aussi passionné, aussi révolté qu'on l'attend de lui, mais il tient tête à sa passion. Il sait qu'il y 3. un temps pour juger, un autre pour combattre et qu'une plume n'est pas un gant de boxe. Il n'est enrôlé dans aucun parti, ne reçoit aucun mot d'ordre et ne doit à personne de ménagements. Aussi le suit-on avec confiance. Si, dans la peinture des milieux bourgeois, son coup d'oeil manque quelque- ,^ fois de subtilité, ce n'est qu'en ce qui concerne les habitudes et les moeurs ou, si l'on veut, l'histoire intérieure de cette classe ; mais l'histoire extérieure, celle des conflits du travail, il la connaît parfaitement. Il la connaît indépendamment des théories, par la fréquentation des hommes, de leurs maisons et de leural chantiers. Impartialité en face des deux camps et impartialité à| l'égard de la vie. Quelque noirs que soient les aspects qu'il nous en retrace, il le fait sans esprit de dénigrement. Quelle que soitij la déchéance humaine, jamais elle n'arrachera à Pierre Hamp| un aveu de découragement ; et c'est la beauté de son livre qu< de respirer une foi si robuste malgré si peu d'illusions.

Sous prétexte d'une enquête sur les dépenses alimentaires de familles ouvrières, Pierre Hamp parcourt usines et taudis, et sans ralentir ni refroidir un récit qui reste sans cesse émouvantJ il l'étaie de chiffres et de documents. Ce n'est ni du roman nP de l'économie politique. C'est le pathétique vrai du travail.

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