Page:NRF 11.djvu/715

Cette page n’a pas encore été corrigée


REFLEXIONS SUR LA LITTERATURE 7O9

Mais, avec cette juxtaposition savoureuse et excitante des contraires que nous retrouvons partout chez lui, M. Barrés dans les parties de son œuvre qui ne sont point lyriques, éclate, avec robustesse, de toutes les qualités opposées. Alors il a de toutes les façons et sur tous les registres, le don de la figure saisissante qui fait masse, groupe, durée, des tableaux et des scènes tout formés, comme les dieux des anciens. Dans la Grande Pitié, l'entretien avec M. Briand, la peinture des couloirs, sont d'un relief et d'un rendu inoubliables, comme la Journée de l'Accusateur dans Leurs Figures ou la réunion de la Salles Chaynes dans les Scènes et Doctrines du 'Nationalisme. Les pages de cet ordre sont d'ordinaire semées des plus pittoresques images, qui font au contraire presque toujours défaut dans les pages de musique. M. Barrés a noté à la Chambre " ces êtres sans lumière dont le gros œil méfiant et très vite irrité ne sait rien voir au delà de l'abreuvoir du village " et l'on évoque la belle zoologie de Leurs Figures, la grenouille qui annonce, en remontant sur son bocal, que le beau temps est revenu, le grand épervier sur un étang glacé, et d'autres... Car un chapitre du livre nous révèle que, si cet habitant de Neuilly va méditer d'ordinaire dans le parc de Saint-James ou vers les pins du boulevard Richard- Wallace, il doit, pour préparer congrûment ses discours parlementaires, se transporter à l'autre bout de Paris, parmi les hôtes du Jardin des Plantes : utilisation métho- dique, composition de lieu, qui suscite nos vieux souvenirs de VHomme Libre, Jersey, Haroué, Venise. — On a d'ailleurs là sensation que M. Barrés ne fait qu'entr'ouvrir, dans son livre, son carnet d'observations parlementaires, ne nous donne qu'une légère esquisse de l'arche de Noé où, en vue d'événements qui feraient pleuvoir sur le temple au point d'amener le déluge, il a enregistré et classé les spécimens de la faune arrondissementière.

L'un et l'autre valant par des beautés fort différentes, les deux motifs, celui de bataille extérieure et celui de rêverie intérieure s'enchaînent de façon adroite, et leur alternance

�� �