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696 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

il paraissait plus jeune encore que la première fois que l'avait rencontré Julius ; son regard était aussi limpide, sa voix aussi claire. Il avait refermé la porte, mais restait accoté contre elle. Julius, près de la table, s*afFala dans un fauteuil.

— Mon pauvre enfant ! dit-il d*abord, parlez plus bas !... Qu'est-ce qui vous a pris ? Comment auriez-vous fait cela ?

Lafcadio baissa la tête, déjà regrettant d'avoir parlé.

— Est-ce qu'on sait ? J'ai fait ça très vite, pendant que j'avais envie de le faire.

— Qu'aviez-vous contre Fleurissoire, ce digne homme si plein de vertus?

— Je ne sais pas. Il n'avait pas l'air heureux... Com- ment voulez-vous que je vous explique ce que je ne puis m'expliquer à moi-même.

Un pénible silence croissait entre eux, que leurs paroles rompaient par saccades, puis qui se refermait plus profond; on entendait alors les vagues d'une banale musique napo- litaine monter du grand hall de l'hôtel. Julius grattait du bout de l'ongle de son petit doigt, qu'il portait en pointe et fort long, une petite tache de bougie, sur le tapis de la table. Soudain il s'aperçut que ce bel ongle était cassé. C'était une froissure transversale qui ternissait dans toute sa largeur le ton carné du cabochon. Comment; avait-il fait cela? Et comment ne s'en était-il pas aussitôt aperçu? Quoiqu'il en fût, le mal était irréparable ; Julius n'avait plus rien à faire qu'à couper. Il en éprouva une contra- riété très vive, car il prenait grand soin de ses mains et de cet ongle en particulier qu'il avait lentement formé et qui faisait valoir le doigt dont il accusait l'élégance. Les

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