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670 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

de rejoindre la petite iîle des voyageurs qui se rendaient au restaurant.

Une frêle fillette et sa mère fermaient la marche, toutes deux en grand deuil ; les précédait immédiatement un monsieur en redingote, coiffé d'un chapeau haut-de- forme, à cheveux longs et plats et à favoris grisonnants ; apparemment Monsieur Dcfouqueblize, le possesseur de la serviette. On avançait lentement, en titubant aux cahots du train. Au dernier coude du couloir, à Tinstant que le professeur s'allait élancer dans cette sorte d'accordéon qui relie un wagon à l'autre, une secousse plus forte le chavira ; pour recouvrer son équilibre il fit un brusque mouvement, qui précipita son pince-nez, toute attache rompue, dans le coin de l'étroit vestibule que forme le couloir devant la porte des commodités. Tandis qu'il se courbait à la recherche de sa vue, la dame et la fillette passèrent. Lafcadio, quelques instants se divertit à con- templer les efforts du savant ; piteusement désemparé, il lançait au hasard d'inquiètes mains à fleur de sol ; il nageait dans l'abstrait ; on eût dit la danse informe d'un plantigrade, ou que, de retour en enfance, il jouât à " Savez-vous planter les choux ? " — Allons ! Lafcadio : un bon mouvement ! Cède à ton cœur, qui n'est pas corrompu. Viens en aide à l'infirme. Tends lui ce verre indispensable ; il ne l'atteindra pas tout seul. Il y tourne le dos. Un peu plus, il va l'écraser... A ce moment un nouveau cahot projeta le malheureux, tête baissée contre la porte du closet ; le haut-de-forme amortit le choc, en se défonçant à demi et s'enfonçant sur les oreilles. Monsieur Defouqueblize fit un gémissement ; se redressa ; se découvrit. Lafcadio cependant, estimant que la farce

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