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668 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

était un wagon de seconde, du moins aussi prés du corps que les " premières " le permettaient. Parti le matin de Rome, il devait y rentrer le soir du même jour. Il s'avouait mal volontiers le sentiment nouveau qui bientôt envahit son âme , car il ne tenait rien en si grand honte que Tennui, ce mal secret dont les beaux appétits insouciants de sa jeunesse, puis la dure nécessité, l'avaient préservé jus- qu'alors. Et quittant son compartiment, le cœur vide d'espoir et de joie, d'un bout à l'autre du wagon-couloir il rôdait, harcelé par une curiosité indécise et cherchant douteusement il ne savait quoi de neuf et d'absurde à tenter. Tout paraissait insuffisant à son désir. Il ne son- geait plus à s'embarquer, reconnaissait à contre-cœur que Bornéo ne l'attirait guère ; non plus le reste de l'Italie : même il se désintéressait des suites de son aventure ; elle lui paraissait aujourd'hui compromettante et saugrenue. Il en voulait à Fieurissoire de ne s'être pas mieux défendu ; il protestait contre cette piteuse figure, eût voulu l'efFacer de son esprit.

Par contre il eût revu volontiers le gaillard qui s'était emparé de sa valise ; un fameux farceur celui-là !... Et comme s'il l'eût dû retrouver, à la station de Capoue, il se pencha à la portière, fouillant des yeux le quai désert. Mais le reconnaîtrait-il seulement ? Il ne l'avait vu que de dos, distant déjà et s'éloignant dans la pé- nombre... Il le suivait en imagination à travers la nuit, regagnant le lit du Volturne, retrouvant le cadavre hideux, le détroussant et, par une sorte de défi, découpant dans la coifFe du chapeau, de son chapeau à lui, Lafcadio, ce morceau de cuir " de la forme et de la dimension d'une feuille de laurier " comme disait élégamment le journal.

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