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52 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Pas de bibliothèque, pas de cadres aux murs. Sur la cheminée, la Moll Flanders de Daniel Defoë, en anglais, dans une vile édition coupée seulement aux deux tiers, et les Novelle d'Anton-Francesco Grazzini, dit le Lasca, en Italien. Ces deux livres intriguèrent Julius. A côté d'eux, derrière un flacon d'alcool de menthe, une photo- graphie ne l'inquiéta pas moins : sur une plage de sable, une femme, non plus très jeune, mais étrangement belle, penchée au bras d'un homme de type anglais très accusé, élégant et svelte, en costume de sport ; à leurs pieds, assis sur une périssoire renversée, un robuste enfant d'une quinzaine d'années, aux épais cheveux clairs en désordre, l'air effronté, rieur, et complètement nu.

Julius prit la photographie et l'approcha du jour pour lire, au coin de droite, quelques mots pâlis : Duino ; juillet 1886, — qui ne lui apprirent pas grand chose, bien qu'il se souvînt que Duino est une petite bourgade sur le littoral autrichien de l'Adriatique. Hochant la tête de haut en bas et les lèvres pincées, il reposa la photographie. Dans Tâtre froid de la cheminée se réfugiaient une boîte de farine d'avoine, un sac de lentilles et un sac de riz ; dressé contre le mur, un peu plus loin, un échiquier. Rien ne laissait entrevoir à Julius le genre d'études ou d'occupation aux- quelles ce jeune homme employait ses journées.

Lafcadio venait apparemment de déjeûner ; sur une table dans une petite casserole d'aluminium, au-dessus d'un réchaud à essence, trempait encore ce petit œuf creux en métal perforé dont se servent pour préparer leur thé les touristes soucieux du moindre bagage ; et des miettes autour d'une tasse salie. Julius s'approcha de la table ; la table avait un tiroir et le tiroir avait sa clef...

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