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��NOTULES

��Exposition Jacques-Emile Blanche (Galerie Bernheim).

On comprendrait qu'un artiste comme M. Jacques-Emile Blanche, en possession d'un métier traditionnel très sûr, d'une virtuosité de portraitiste très complète et de tout le succès que peut ambitionner à notre époque un peintre de portraits, se contentât d'une situation dûment acquise et dès lors bornât sa recherche. Mais l'esprit de culture et de curiosité est plus fort que toute sagesse et M. Jacques Blanche se renierait plutôt que de se laisser distancer par son temps sur le chemin du plaisir esthétique. On a pu s'étonner de le voir montrer le goût le plus vif pour des ouvrages peints dont l'esprit et dont la technique semblaient absolument exclusifs de son art et condamnés par son art même. C'était le mal connaître ; il ne sait pas bouder sa joie devant un livre, un meuble, une toile ou une symphonie, et pas plus devant Bonnard ou Vuillard que devant Igor Stra- vinski. Je me figure qu'à ses yeux l'art pictural ultra-moderne n'est pas d'une espèce moins différente de son art, que n'en est la musique russe. Il peut presque le considérer par le dehors, le juger sur l'émotion directe qu'il en a, le visiter en étranger et en profane. Ce serait peut-être l'occasion de marquer la scission décidément consommée entre deux sortes d'art, que l'on con-j tinue à tort de nommer toutes deux " peinture ". Notre temp$| a vu se former, ou si l'on préfère ressusciter, à côté de l'ancienm " peinture à l'huile ", qui procède par " superposition " et s'in* quiète surtout du relief et de la qualité matérielle des objets, un< "peinture décorative", par simple "juxtaposition", qui peut à lai rigueur se passer de toute " cuisine " et réduire (ou étendre) son

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