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NOTES 529

est chez lui et dans le roman contemporain anglais, l'élément slave. Les couleurs de Kipling sont plus vives : l'Inde et l'Egypte au soleil. Conrad, sous les tropiques, recherche l'om- bre effrayante de la forêt vierge. Mais Conrad, sans descriptions, sans images, avec un entrepôt le long d'un canal sous une pluie fine, nous laisse un souvenir ineffaçable.

Flora de Barrai, fille du financier condamné à sept ans de prison pour banqueroute frauduleuse, est exposée à toutes les duretés de la vie, jusqu'au jour 011 elle rencontre le capitaine Anthony, fils d'un poète qu'on nous décrit de telle façon que nous ne pouvons nous empêcher de lui donner un nom très grand dans l'histoire des lettres anglaises. (Conrad a-t-il eu tort ? Que penserions-nous d'un roman dont le personnage principal serait évidemment, bien que présenté sous un nom supposé, un fils de Verlaine ou une fille de Mallarmé ?) Anthony est un marin, un homme timide et chaste, qui voit en Flora, en même temps, la femme désirable et l'être que le monde a blessé : une injustice à réparer. Et dès lors Flora se trouve prise entre son affection pour son père — sorti de prison et recueilli par Anthony — et son amour pour le maladroit et chevaleresque fils du poète, qui prétend uniquement la protéger, la sauver, sans rien demander en échange, en exigeant même de n'être pas traité en amant ou en mari. A la fin le traître (le père) «e fait justice ; et l'amoureux (Anthony) vit heureux avec l'héroïne (Flora). Voilà pour l'intrigue. L'important, c'est que l'intérêt moral ne languit jamais, que les situations sont toujours saisis- santes, humaines et vraies ; et surtout le personnage d'Anthony est de la bonne race.

Joseph Conrad et son œuvre attendent encore l'étude com- plète et détaillée qui les fera connaître des nombreux lecteurs que des romans comme Nostromo et Chance peuvent trouver en France ; et nous souhaiterions qu'une telle étude fût offerte d'abord aux lecteurs de cette revue.

V. L. II

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