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NOTES 511

à peine, donne un grand prix à ces confidences. De l'instant présent, rien ne distrait Renée ; elle sait en goûter intacte la saveur unique. Parce qu'elle est tout entière occupée par ses sensations, elle peut les faire prisonnières : leur flamme toujours présente éclaire et réchauffe la cendre des mots.

Chez cette lucide Renée, une intelligence, réfractaire à toute idée préconçue, hostile à toute discipline, s'allie à une sensibilité frémissante ; et, avec une sollicitude charmée, Renée se penche sur sa nature sensuelle et tendre, que la joie de la chair amuse, mais ne satisfait pas. Elle n'a qu'un principe : " Tâchons d'être sincère " et, comme elle distingue les tendances opposées qui se confrontent en elle, elle s'écrie : " Je veux bien dire la vérité, mais je la sens tout éparse en moi, comme une meule de foin qu'emporte la rivière. "

Il n'est rien dont l'âme de Renée soit plus proche ni qu'elle comprenne mieux que la nature: sa vie de citadine est un exil ; et c'est aux souvenirs de son enfance à la campagne qu'elle emprunte des images, lorsqu'elle veut exprimer ses sentiments en leur nuance personnelle : " Moi, moi, je suis comme la jument grise qu'avait mon père, un bon coup de mèche n'était pas pour lui faire peur, mais l'ombre du fouet sur la route l'affolait. " Sensible aux jeux de l'atmosphère qui transfigurent la nature, elle est curieuse aussi de ces paysages d'ombre et de lumière qui se peignent sur les physionomies. Lorsque Renée va s'éprendre de Jean, c'est tout d'abord l'expression de ses lèvres, en son visage masqué, qui surprend sa méfiante indif- férence : par des traits physiques exclusivement elle définit celui qu'elle voudrait pourtant nous faire croire un caractère, (pp. 72,74, 139.) Des hommes qui traversent ses émotions. Renée ne sait que les figures : leurs âmes lui sont étrangères, et de celles-ci, elle ne nous apprend que ce que veut bien en trahir ou en dérober le visage. Jean, dans V Entrave, comme Dufferein Chautel, dans la Vagabonde, vivent d'une vie empruntée ; ils ne nous intéressent qu'en raison de Renée et sont simples prétextes

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