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NOTES 501

connaissances avec une certaine finesse matoise et courte de paysan, un type qui est encore très courant aujourd'hui. M. Bouvier nous parle de ses " théories ", de ses " idées " et même de Champfleury chef d'école. Ce sont de bien grands mots pour quelques truismes : Champfleury n'eut jamais de disciples. M. Bouvier dit très justement que ses romans, précé- dant de quelques années Madame Bovary, préparèrent à Flaubert, dans une certaine mesure, son public. Il nous apprend même que les Bourgeois de Molinchard tirèrent à cent mille exemplaires. Mais les cent mille lecteurs des Bourgeois sont exactement les mêmes que les lecteurs de Paul de Kock. Sur les écrivains eux- mêmes, Champfleury n'eut aucune espèce d'influence. Ni Flaubert, ni les Concourt, ni Zola n'ont eu le courage d'achever le premier livre qu'ils purent ouvrir de lui. Le travail de M. Bouvier rappelle donc les études de M. Daniel Mornet sur les précurseurs du romantisme au XVIIP siècle. Recherches sur les écrivains oubliés, mais à gros tirage, et qui ont agi sur un public d'illettrés. Le rapport entre cette littérature d'en bas et la littérature d'en haut doit amener en effet des découvertes intéressantes, et M. Lanson n'a pas tort de l'encourager dans sa bottega. C'est ainsi que probablement le public français a pu être apprivoisé vers Tolstoï et Dostoïewsky par la diffusion du Général Dourakine et des romans de madame Henry Gréville. Et le public de Wells existerait-il sans Jules Verne ?

Le livre de M. Bouvier est un mémoire de diplômes d'études présenté à la Sorbonne. Il faut le louer de ce que les défaut» nécessaires et normaux dans ces œuvres de début y sont réduits au minimum. Bien entendu ce qui est rebelle à la systéma- tisation se trouve systématisé à l'excès. Il y a un certain comique dans une phrase comme celle-ci ; " Nous avons vu que Gautier. Arsène Houssaye, Gérard de Nerval, bref, les survivants de l'ancienne bohème de la rue du Doyenné, furent les patrons 'de la seconde bohème, celle de la rue des Cannettes. " La bohème se classe-t-elle tant que cela en rue de Valois et rue

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