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LES CAVES DU VATICAN 447

— Ici, pas de cérémonie, dit Bardolotti, et il se coiffa du journal, vous m'entendez à demi-mot, cher Monsieur.

Sur un ton autoritaire, scandant les syllabes et frappant du poing sur la table, Tabbé Cave à son tour reprit :

— Ici, pas de cérémonie.

Fleurissoire eut un fin clin d'oeil. S'il l'entendait à demi-mot ! oui certes, et point n'était besoin de le redire ; mais en vain cherchait-il quelque phrase qui pût à la fois ne rien dire et tout signifier.

— Parlez ! Parlez ! soufflait Protos. Faites des calem- bours : ils comprennent très bien le français.

— Allons ! Asseyez-vous, dit Ciro. Mon cher Cave, éventrez-nous cette pastèque et taillez-y des croissants turcs. Etes-vous de ceux. Monsieur de la Fleurissoire, qui préfèrent les prétentieux melons du nord, les sucrins, les prescots, que sais-je, les cantaloups, à nos ruisselants melons d'Italie ?

— Rien ne vaut celui-ci, j'en suis sûr ; mais permettez- moi de m'abstenir : j'ai le cœur un peu barbouillé, dit Amédée qui se gonflait de répugnance au souvenir du pharmacien.

— Des figues alors tout au moins ! Dorino vient de les cueillir.

— Excusez-moi : pas davantage.

— Mauvais, cela ! Mauvais ! Faites des calembours, lui glissa Protos à l'oreille ; puis, à voix haute : Débar- bouillons ce petit cœur avec le vin, et préparons-le pour la dinde. Assunta, verse à notre aimable invité.

Amédée dut trinquer et boire plus qu'il n'avait

accoutumé. La chaleur et la fatigue aidant, il commença

[bientôt d'y voir trouble. Il plaisantait avec moins d'effort.

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