Page:NRF 11.djvu/452

Cette page n’a pas encore été corrigée


44^ LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

du vestibule, vers un jardin intérieur formant terrasse où, sous la treille, un repas était préparé.

— Mon chcrBardolotti,je vous présente Monsieur de la Flcurissoire, mon cousin, le luron dont je vous ai parlé.

— Soyez le bienvenu, notre hôte, dit Bardolotti avec un grand geste, mais sans se lever du fauteuil dans lequel il était assis, puis, montrant ses pieds nus plongés dans un baquet d'eau claire :

— Le pédiluve ouvre mon appétit et me tire le sang de la tête.

C'était un drôle de petit homme tout replet et dont le glabre visage n'accusait âge ni sexe. Il était vêtu d'alpaga ; rien dans son aspect ne dénonçait le haut dignitaire ; il fallait être bien perspicace, ou averti autant que l'était Flcurissoire, pour découvrir sous la jovialité de son air, une discrète onction cardinalice. Il s'appuyait de côté sur la table et s'éventait nonchalamment avec une sorte de chapeau pointu fait d'une feuille de journal.

— Ah ! je suis très sensible !... Ah ! le plaisant jar- din !... balbutiait Fleurissoire également embarrassé pour parler et pour ne rien dire.

— Assez trempé ! cria le cardinal. Ça ! qu'on m'enlève ce bol ! Assunta !

Une jeune servante accorte et rebondie s'empressa, prit le baquet et l'alla vider, contre une plate-bande ; ses tétons jaillis du corset frissonnaient sous sa chemisette ; elle riait et s'attardait près de Protos, et Fleurissoire était gêné par l'éclat de ses bras nus. Dorino posa des fîaschi ur la table. Le soleil batifolait à travers le pampre, chatouillant d'une lumière inégale les plats sur la table sans nappe.

�� �