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4IO LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

toute projetée au dehors, toute continue et avec soi-même toute conséquente, capable de se ramas- ser en quelques actes historiques essentiels, bien mieux en une attitude, un geste, un seul geste, appelait de tels historiens. Un Barrés a trop de dessous et trop de musique ; à côté de ce Dérouléde au grand corps, juché sur sa borne, il paraîtra ou bien trop petit ou trop grand ; trop peu partisan, ou par trop esthète ; aussi bien, pour parler de son compagnon, étant juge et partie, il lui faudrait parler de soi. Une voix distante, franche et posée, une éloquence simple et droite qui ajoute peu au constat du " fait " et qui laisse le fait parler, une louange si digne qu'elle est à peine plus qu'une exacte peinture, voilà ce que méritait, à ce qu'il me semble, la figure de Dérouléde, voilà ce que je trouve dans le livre des frères Tharaud. J'y trouve aussi une œuvre d'art et j'ai l'impression / que sa réussite, ne tient pas moins à l'homme qu'au talent de ses historiens.

A la déclaration de guerre, Dérouléde n'est aucunement patriote. Il s'écriera depuis : " Dire qu'au moment où cela se passait, cela ne m'inté- ressait pas ! " Pourtant, à la nouvelle du désastre de Wissembourg, quand Ferry lui jette, d'un air satisfait: " Les armées de l'Empereur sont battues! — • Et les armées de la France, que sont-elles ? riposte-t-il. " Il s'engage donc. " Le sac est lourd à porter, lui dit son chef. — Moins lourd que la

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