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406 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nous sera garant de son art et ce n'est pas quitter Tart que l'étendre... Puis, le génie a tous les droits. — Paul Déroulède n'eut, lui, que du talent et même, un talent contesté.

J'avais cependant résolu, quitte à choquer les délicats et quitte à me scandaliser moi-même, de parler de Paul Déroulède écrivain. Car le fait est pour moi patent, Paul Déroulède, en s'en allant, laisse dans la poésie un poste vacant, une place vide, un emploi où il me parait que personne n'est désigné aujourd'hui pour le remplacer. Cet emploi n'est pas méprisable, même au strict point de vue de l'art. N'oublions pas qu'en d'autres temps il a été tenu par des poètes authentiques, par de grands poètes à l'occasion. A ne considérer que le XIX* siècle par exemple, si le médiocre Béranger (qu'admirait Taine) fut le chantre national du libéralisme bonapartiste au lendemain de la grande épopée, c'est Hugo qui lui succéda et ses pièces de partisan — point toutes, mais beaucoup — ne comptent pas parmi les moins fortes ni les moins belles. Il semble hors de doute, hélas ! que le génie verbal a manqué à Paul Déroulède et c'est chez un poète chose grave... Mais lorsqu'il s'agit d'un Tyrtée, la valeur littéraire de l'œuvre ne compte pas tant que sa juste appropriation au but, aux sentiments qu'elle veut susciter, aux esprits qu'elle prétend entraîner et conduire. J'ai lu, comme tout le monde, les Chants du Soldat \

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