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LETTRES 373

son succès. Ainsi j'arrive à concilier l'art et la vie, mais à la condition que j'ai dite. Si la répartition nouvelle du travail que fera la cité socialiste n'avait pour effet que de diminuer un peu la misère matérielle des hommes, si elle n'introdui- sait pas dans la vie, avec un peu plus de justice réelle, un idéalisme neuf, un renouvellement de la production, un rajeunissement de l'art, si elle ne propageait pas dans le cœur des hommes un en- thousiasme aussi ardent que celui qui anima les chrétiens, les grenadiers de Napoléon et les révo- lutionnaires russes, je déplorerais la ruine de la civilisation bourgeoise, et je craindrais un retour

à la barbarie. C me dit : " 11 faut faire confiance

au Peuple. " Non. Je voudrais qu'il en fût ainsi ; mais quand je vois que ce qui prend sur le peuple, c'est l'antimilitarisme, c'est Hervé, alors j'ai peur, je m'épouvante... — Si le peuple ne s'anime plus pour des choses comme l'Affaire, pour la révolte polonaise, pour les souffrances alsaciennes, pour la révolution russe : s'il s'en tient à un marxisme stérile, à un vilain matérialisme, alors je le méprise et j'en ai peur. S'il n'agit que dans l'appétit, dans l'envie et dans la haine, s'il ne res- pecte pas cet ensemble de sentiments de vénération quon appelle la France^ et si pour défendre cet ensemble-là, pour défendre les conditions favo- rables au maintien de cette réalité-là (passe-moi ce charabia) — il n'est pas prêt à donner sa vie, si

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