Page:NRF 11.djvu/377

Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRES 371

départ quel bel enthousiasme neuf ! Quelle jeunesse, quelle certitude de ne jamais mourir 1

— Tu me diras encore que ces gens-là sont peu nombreux. Tant mieux. Je ne m'intéresse pas à la " vie unanime ", moi ; mais je sais qu'un homme, un seul homme peut créer un idéal auquel beaucoup d'hommes se sacrifient. Je sais que Napoléon avait donné des raisons de vivre et de mourir à des milliers de soldats. Je sais qu'il a déchaîné toutes les puissances d'enthousiasme de millions d'hommes. Je crois qu'il y a en France, et en France seulement, déjeunes ouvriers napo- léoniens qui sauront créer quelque chose. Et ceux-là, je les admire et je les aime passionnément, d'avance. Je suis en face d'eux dans la même dis- position qu'Hugo en face de la légende napo- léonienne. (Je ne fais pas de parallèle, bien en- tendu.) Mais je crois que si l'âme des autres "a chanté dans les clairons d'airain ", je crois que l'âme de ces gens-là, un jour, chantera dans le feu des usines.

Tu le vois : jusqu'à présent c'est un socialisme purement esthétique, je l'avoue, absolument immo- ral. De ce point de vue, il m'est absolument indifférent que l'effort de ces gens-là réussisse ou échoue. Même, s'il échoue, ce n'en sera que plus beau. Rien n'est beau. Barres l'a bien vu, comme un héroïsme qui avorte. Et de ce point de vue je peux me réjouir de l'avortement de cet effort, de

�� �